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Du Matin Calme à la Seine : la fresque d'une amitié centenaire

D'UN DUEL A UN DUO : LES DEBUTS DE L'AMITIE FRANCO-COREENNE


En 1886, deux pays que tout semple opposer - la France et la Corée, signent leur premier traité d'amitié et de commerce. A l'époque, la péninsule est encore surnommé le "Royaume Ermite", tant elle se tient à distance du monde occidental. Cet accord marque bien plus qu'un simple jalon diplomatique : il inaugure une relation fondée sur la curiosité, le respect et une fascination mutuelle qui, 140 ans plus tard, continue de se réinventer.


Contrairement à l'image simpliste du "Royaume Ermite", la Corée de la dynastie Joseon (1392-1897) n'est pas complètement coupée du monde. Elle est en réalité très sélective dans ses relations extérieures. Joseon entretient des relations étroites et structurées avec la Chine, ainsi que des échanges contrôlés avec le Japon, mais refuse presque tout contact direct avec l'Occident.


Mais pourquoi la dynastie de Joseon se montre-t-elle si méfiante envers l'Occident ?


Joseon, sentinelle de l'identité confucéenne


La dynastie Joseon repose sur le néo-confucianisme qui valorise l'ordre social, la stabilité, la hiérarchie et la continuité des traditions. Culturellement, les puissances occidentales sont perçues comme imprévisibles, moralement dangereuses et déstabilisantes pour l'ordre social. La modernité occidentale n'est pas vue comme un progrès mais comme une menace culturelle.


Confucius - 551-479 av J.C.
Confucius - 551-479 av J.C.

A cela s'ajoute une mémoire collective marquée par les invasions japonaises (1592-1598) et les invasions mandchoues au XVIIe siècle. Dans ce contexte, tout étranger est considéré comme un potentiel envahisseur. La fermeture devient alors une stratégie de survie, pas un caprice.


Les forces coréennes et chinoise attaquent le fort japonais d'Ulsan
Les forces coréennes et chinoise attaquent le fort japonais d'Ulsan

Au XIXe siècle, la Corée observe avec inquiétude la Chine subir les guerres de l'Opium, les traités inégaux et l'ingérence occidentale. Pour Joseon, ouvrir la porte c'est risquer de perdre le contrôle. La péninsule tente donc de retarder au maximum ce qu'elle perçoit comme une catastrophe inévitable.


(Légende originale) Vue de Chinois fumant le "pavot maléfique" dans une fosse à opium. Photographie non datée. ©Getty
(Légende originale) Vue de Chinois fumant le "pavot maléfique" dans une fosse à opium. Photographie non datée. ©Getty

1866 : l'année où tout a failli basculer


La question chrétienne cristallise alors les tensions et devient le cœur du conflit avec la France. Le catholicisme remet en cause le culte des ancêtres, fondement de l'ordre confucéen, affaiblit l'autorité royale et introduit une loyauté spirituelle extérieur. Pour Joseon, il ne s'agit pas simplement d'une religion mais d'une subversion politique.


Ce n'était pas seulement une guerre de croyances, mais un dialogue de sourds entre deux mondes qui ne parlaient pas encore la même langues. Plusieurs vagues de persécutions frappent ainsi les catholiques au XIXe siècle. En 1866, neuf missionnaires français sont assassinés et des milliers de convertis coréens exécutés.


Stèle en l'honneur des membres des Missions étrangères de Paris -par PHGCOM
Stèle en l'honneur des membres des Missions étrangères de Paris -par PHGCOM

En représailles, la France lance une expédition punitive menée par le contre-amiral Roze : le Byeong-in Yangyo. Les troupes françaises occupent l'île de Ganghwa, verrou stratégique de la route maritime menant à Séoul. Lors de leur retrait forcé quelques semaines plus tard, les soldats français emportent avec eux les Uigwe, les Protocoles Royaux.



Ces ouvrages, véritables archives de l'âme de la dynastie, consignaient avec une précision extrême les rites funéraires et les mariages et cérémonies royales. Les piller et les emporter, c'était bien plus qu'un pillage matériel : c'était une atteinte directe au protocole et à la mémoire de l'Etat. Cette blessure restera ouverte jusqu'au retour symbolique des Uigwe en 2011.



Les savants de l'ombre


Cette fermeture à l'Occident n'est pourtant pas idéologique, mais défensive. Joeson ne se ferme pas par mépris, mais par peur de perdre son âme. Dans l'ombre, les savoirs occidentaux (astronomie, cartographie, médecine...) circulent discrètement.


Des cartes du monde comme la Kunyu Wanguo Quantu, introduites en Asie par les missionnaires jésuites, circulent sous le manteau et bouleversent la vision d'un monde jusque-là centré sur la Chine. Certains lettrés coréens s'y intéressent avec attention, notamment les intellectuels du mouvement Silhak (Savoir Pratique).


Reproduction d'un auteur inconnu de la Kunyu Wanguo Quantu
Reproduction d'un auteur inconnu de la Kunyu Wanguo Quantu

Des penseurs comme Jeong Yak-Yong, surnommé Dasan, étudient la technologie occidentale, l'architecture militaire ou encore l'astronomie, convaincus que la modernisation du pays doit venir de l'intérieur, bien avant toute ouverture officielle.


L'ouverture contrainte


A compter des années 1870, la pression étrangère devient impossible à contenir. L'incident de l'Unyo en 1875, provoqué par un navire japonais, sert de prétexte à une confrontation armée, destinée à forcer la Corée à sortir de sa neutralité.

En 1876, le traité de Ganghwa avec le Japon - premier traité "moderne" mais profondément inégal - met officiellement fin à l'isolement. Les ports de Busan, Inchelon et Wonsan s'ouvrent au commerce étranger, transformant rapidement de modestes villages de pêcheurs en comptoirs internationaux bouillonnants.


L'Unyo - 1875
L'Unyo - 1875

La Corée comprend alors qu'elle ne peut plus rester à l'écart du monde.


C'est dans ce contexte que la France, dernière grande puissance occidentale après les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne, signe le traité d'amitié et de commerce le 4 juin 1886 avec la Corée. Cet accord est tardif, réfléchi et étonnamment respectueux comparés à ceux imposés par d'autres puissances.


Ce traité est rédigé en trois langues : français, chinois et coréen. Ce choix est loin d'être anodin. En incluant le coréen aux côtés du français et du chinois (alors langue diplomatique incontournable de l'Asie), la France pose un acte politique fort.


Dans l'ordre :

  • la page de garde de traité

  • Geroges Cogordan : émissaire plénipotentiaire français

  • Victor Collin de Plancy : véritable acteur de la création du traité et premier représentant officiel de la France en Corée


Là où d'autres puissances considéraient la Corée comme une simple extension de la sphère d'influence chinoise, la France reconnaît, par l'écrit, l'existence d'une identité nationale propre. Employer la langue du peuple et de la cour coréenne dans un document officiel international, c'est traiter Joseon non pas comme un territoire à conquérir, mais comme un interlocuteur souverain.


A une époque dominée par la "diplomatie" de la canonnière", ce choix témoigne d'une élégance rare : celle de vouloir être compris par son partenaire dans sa propre langue. Ce geste fondateur transforme un simple accord commercial en un pacte de respect mutuel, posant les bases d'une diplomatie culturelle qui définit encore les relations franco-coréennes aujourd'hui.


En signant dans la langue de l'autre, on ne signe pas seulement un contrat, on accepte de voir le monde à travers ses yeux



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